Les herbiers marins de Martinique : à quoi servent-ils et pourquoi les protéger
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Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Sous la surface, entre les récifs et le sable, s'étendent des prairies marines souvent invisibles depuis le bord. Ce sont les herbiers. Discrets, méconnus, ils sont pourtant essentiels à la vie sous-marine de toute l'île.

Herbier marin - Credit photo : Fabien Lefebvre
C'est quoi un herbier marin ?
Un herbier marin est une prairie de plantes à fleurs qui pousse sous l'eau, dans les zones côtières peu profondes et bien éclairées. Ce ne sont pas des algues : ce sont de vraies plantes, avec des racines, des feuilles et des fleurs. En Martinique, on trouve principalement des espèces indigènes comme le Thalassia testudinum, aussi appelé "herbe à tortue", et le Syringodium filiforme.
À quoi servent les herbiers marins ?
Les herbiers jouent plusieurs rôles essentiels dans l'écosystème marin martiniquais.
Ils servent d'habitat et de nurserie à une grande diversité d'espèces marines : poissons, crustacés, oursins, hippocampes. De nombreuses espèces y passent les premières années de leur vie avant de rejoindre les récifs coralliens. Sans herbiers, les récifs s'appauvrissent.
Ils sont aussi le garde-manger des tortues vertes. Les tortues vertes immatures viennent se développer en Martinique pendant une quinzaine d'années, se nourrissant principalement dans ces herbiers avant de migrer vers leurs zones de reproduction.
Les recherches menées par Damien Chevallier, chercheur au CNRS, ont permis de montrer l'importance décisive de la qualité de ces herbiers pour la croissance et la santé des tortues.
Enfin, les herbiers stabilisent les fonds marins, filtrent l'eau et stockent du carbone. Ils jouent un rôle dans la protection des côtes contre l'érosion.
Un herbier en bonne santé, c'est des tortues qui grandissent, des récifs qui se nourrissent, et des côtes qui résistent.
Une menace venue du fond : l'Halophila stipulacea
Depuis plusieurs années, une plante marine invasive colonise les herbiers martiniquais : l'Halophila stipulacea. Originaire de la mer Rouge, elle s'est répandue dans les Caraïbes et remplace progressivement les espèces indigènes.
Le problème n'est pas seulement écologique. Les recherches du CNRS ont montré qu'Halophila est beaucoup moins riche sur le plan énergétique que les plantes indigènes. Les tortues vertes qui s'en nourrissent grandissent plus lentement, atteignent la maturité sexuelle plus tard, et sont moins résistantes aux maladies. Notamment la fibropapillomatose, un virus qui provoque des tumeurs sur leur peau.
Plus les herbiers indigènes disparaissent, plus les tortues s'affaiblissent. C'est un cercle vicieux directement lié à la dégradation des fonds marins.
Ce qui détruit les herbiers
La menace principale et la plus directe, c'est l'ancre des bateaux. Une ancre jetée sur un herbier arrache les plantes et laisse des cicatrices qui mettent des années à se refermer. Ces zones abîmées sont ensuite colonisées en priorité par l'Halophila, qui repousse plus vite que les espèces indigènes.
La pollution côtière, le ruissellement agricole et le réchauffement climatique aggravent également la situation en perturbant la qualité de l'eau et la lumière disponible pour les plantes.

Tortue verte mangeant de l'Halophila - Credit photo : Fabien Lefebvre
Un effet domino jusqu'aux tortues
Si les herbiers continuent de se dégrader, les tortues vertes de Martinique risquent de devoir aller chercher leur nourriture ailleurs. A Sainte-Lucie, Saint-Vincent, ou d'autres îles où elles sont encore consommées. Damien Chevallier parle d'un "effet boule de neige" : la dégradation des herbiers en Martinique pourrait contribuer directement à la disparition des tortues à l'échelle régionale.
Ce que chacun peut faire
Ne pas mouiller l'ancre sur un herbier. Privilégier les bouées d'amarrage quand elles existent. Éviter de marcher sur les fonds lors du snorkeling. Ramasser ses déchets. Ce sont des gestes simples, mais à l'échelle de milliers de plaisanciers et de baigneurs chaque année, ils font une différence réelle.



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