Dix ans de suivi des tortues vertes en Martinique : ce que la science nous apprend
- ACWAA

- 9 janv. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 12 heures
En 2024, une étude scientifique majeure a été publiée dans la revue Biological Conservation. Elle s'appuie sur dix ans de données collectées aux Anses d'Arlet. Ses conclusions changent notre compréhension de la situation des tortues vertes en Martinique.
C'est quoi une campagne CMR ?
La méthode CMR - Capture, Marquage, Recapture - est l'un des outils les plus fiables pour étudier une population animale sauvage.
Le principe est simple : on capture un individu, on lui pose une puce électronique, on le mesure, on le pèse, puis on le relâche. Lors des campagnes suivantes, si on le recapture, ses nouvelles données permettent de mesurer sa croissance, son état de santé et ses déplacements au fil du temps.
Pour les tortues vertes, ces campagnes se déroulent en apnée, dans les baies des Anses d'Arlet. Des apnéistes certifiés repèrent les tortues sous l'eau, les accompagnent jusqu'à la surface et les amènent à bord d'un bateau où les scientifiques réalisent les mesures. La tortue est ensuite relâchée.

Tortue verte manipulée dans le cadre de la campagne CMR - Crédit photo : Fabien Lefebvre
Ce que dix ans de données révèlent
L'étude menée par Pierre Lelong et Damien Chevallier du CNRS s'appuie sur 658 captures réalisées sur dix ans, sur deux sites des Anses d'Arlet. Elle documente la survie, l'abondance, le recrutement et l'émigration des tortues vertes juvéniles en Martinique.
La bonne nouvelle : les populations de tortues vertes aux Anses d'Arlet montrent une tendance à la hausse, portée par un recrutement continu de nouveaux individus et un faible taux de mortalité. C'est le résultat direct des mesures de protection mises en place depuis les années 1990.
La mauvaise nouvelle : cette dynamique positive est fragilisée par la dégradation des herbiers. L'invasion de l'Halophila stipulacea, combinée aux dommages causés par les ancres de bateaux et la pollution, réduit la disponibilité des herbiers indigènes. Les grandes
tortues juvéniles, qui ont besoin de plantes plus riches sur le plan énergétique, sont les premières touchées.

Herbier marin - Crédit photo : Fabien Lefebvre
Si les herbiers indigènes continuent de se dégrader, la Martinique pourrait perdre sa capacité à soutenir l'ensemble du cycle de développement des tortues vertes juvéniles.
Pourquoi ce type d'étude est indispensable
Sans suivi scientifique rigoureux sur le long terme, il est impossible de savoir si une espèce progresse ou régresse, ni pourquoi. Les campagnes CMR sont la seule façon de mesurer objectivement l'état d'une population et d'identifier les facteurs qui l'influencent. Ce sont ces données qui permettent de définir des mesures de conservation concrètes et de les justifier auprès des institutions.
C'est aussi ce type de recherche qui permet de faire le lien entre des gestes du quotidien comme ancrer son bateau sur un herbier, déranger une tortue en snorkeling et leurs conséquences réelles sur des populations entières.
Lelong P. et al. (2024). Demography of endangered juvenile green turtles in face of environmental changes: 10 years of capture-mark-recapture efforts in Martinique. Biological Conservation.
Cette étude a impliqué des chercheurs du CNRS, de l'Université des Antilles, et des apnéistes de terrain dont certains membres fondateurs d'ACWAA.

Prelevement réalisé dans le cadre de la campagne CMR - Crédit photo : Fabien Lefebvre


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